le phénomène Messmer – le spectacle d’hypnose

L’apparition de spectacles d’hypnose en France et en Belgique suscite beaucoup de réactions de la part de mes clients et de mes connaissances, leurs réactions sont toujours intéressantes à analyser et revient souvent sur le tapis la notion de “pouvoir” et de croyance. Pour moi, il s’agit d’une excellente occasion de démonter les mécanismes à l’oeuvre tant en hypnothérapie qu’en hypnose de spectacle, de démontrer aussi que les deux sont liés. D’une certaine manière, quand on lui pose la question Messmer a une approche très censée de l’hypnose, un “état” de concentration extrême et de suggestibilité amplifiée. Le problème vient de la présentation qui en est faite par le spectacle et par les télévisions qui doivent attirer le client donc forcément chercher l’extraordinaire là ou il n’y a jamais qu’une expérience ordinaire. C’est pour moi l’occasion de m’appuyer sur ce phénomène pour vous expliquer ce qui se passe, ce qui ne se passe pas, le cas particulier de la salle de spectacle ou du plateau de télévision, l’influence primordiale de la suggestion à tous les niveaux de communication.

vous avez dit spectacle?

Messmer, qui se nomme “le fascinateur” est aujourd’hui un homme de spectacle et à ce titre il utilise toutes les ficelles du métier d’hypnotiseur, appellation que je m’empresse de dissocier de celle d’hypnothérapeute, même si les deux peuvent employer les mêmes principes, leur explication n’est pas identique ; il y a une sorte de magie d’un côté et une utilisation volontaire de l’imagination du sujet de l’autre…encore une fois, suivez mon explication et mon raisonnement, vous verrez mieux à quoi je veux en venir.

l’hypnose : état ou non-état ?

Dans la communauté de l’hypnose, chacun ses querelles de clocher, il existe deux approches du phénomène, deux façons d’aborder l’idée “d’état d’hypnose”. En effet, il est généralement accepté que l’hypnose est un “état”, on parle d’état hypnotique ou même de “transe” hypnotique. Ces mots sont aujourd’hui acceptés et intégrés par le public, comme l’idée fausse que l’hypnose est associée au sommeil. Il y a dans notre société, et je pense qu’il est important de le souligner, une préconception de l’hypnose – pour la majorité, c’est un “état” qui s’apparente au sommeil et dans lequel le sujet semble perdre le contrôle de sa volonté. Par paresse, habitude ou par intérêt, cette notion est cultivée et entretenue, principalement par manque d’information et acceptation habituelle. Si personne ne prend la peine d’expliquer ce phénomène différemment et d’insister sur sa complexité, il est peu probable que les choses changent. La facilité d’accepter l’hypnose comme un fait “magique” a tendance à créer deux camps, ceux qui “y croient” et ceux qui n’y “croient pas”, classant instantanément le sujet dans les matières associées à la croyance, l’astrologie, numérologie, magnétisme (vieille connaissance…). L’hypnose pour beaucoup, fait partie de ces choses inexpliquées, foutaises pour les uns, croyances pour les autres, un clivage fort compréhensible vu le flou dans lequel flotte le sujet.

Et si l’hypnose n’était pas ce que pense la majorité ? Et si cet “état” n’en était pas un, ou plutôt s’il était si présent dans notre vie courante que nous n’y prêtions même plus attention…? C’est la position de ceux qui, comme moi et beaucoup de chercheurs renommés, conçoivent l’hypnose comme un phénomène courant plutôt qu’extraordinaire. Dans cette conception, on peut se référer à un état pour parler d’hypnose mais tout en précisant qu’il s’agit d’un état ordinaire venant de l’esprit du sujet plutôt qu’imposé par un “manipulateur”, un “marionnettiste” extérieur. Dans cette version des choses, étayée par de nombreuses recherches, “toute hypnose est auto-hypnose » et l’hypnose, par suggestion, devient ce que le sujet en a décidé. L’efficacité de l’hypnose repose sur sa propre suggestion…

l’état hypnotique du spectacle

Messmer joue la carte du mystère, de l’illusion, de la fascination, de l’état dans toute sa splendeur, c’est ce qu’ont toujours fait les hypnotiseurs de spectacle. C’est un raccourci facile qui s’appuye sur l’acceptation usuelle de l’hypnose, qui joue sur la notion presque magique qui lui est associée. Rappellez-vous, lors d’un spectacle, il faut en donner au public pour son argent, il faut du spectaculaire, du rapide, limiter la réflexion du public au minimum, le laisser dans cet état de fascination. Le spectateur est autant plongé dans un état hypnotique que le sujet sur scène. Si l’on demandait à ces volontaires de nous expliquer leur idée de l’hypnose avant l’expérience, ils vous parleraient exactement de ce qu’ils vont vivre, ils décriraient le cliché des doigts qui claquent et des yeux qui se ferment instantanément, dès lors, leur demander d’agir de cette manière est un jeu d’enfant, ils ont déjà comme beaucoup, une préconception de l’hypnose.

un processus à plusieurs niveaux

Comme en thérapie, le phénomène hypnotique commence dès la première évocation de l’hypnose, une affiche annonce un spectacle, un personnage énigmatique vous est présenté, regard perçant, attitude énigmatique, sphère en lévitation… Dès le premier coup d’oeil, l’hypnotiseur correspond déjà aux critères que le spectateur se fait de ce qu’il veut voir. à partir de là, plusieurs possibilités s’offrent au passant ; ignorer ou s’abandonner à la fascination et dépenser ses euros pour acheter un ticket. La démarche commence tôt, le tri aussi. La sélection du “bon sujet » de spectacle, c’est à dire celui qui acceptera de jouer le jeu, de libérer suffisamment son imagination voire d’accepter de se montrer en spectacle commence dès le premier contact. Après, tout s’enchaîne, vais-je m’installer à l’avant de la salle, là où j’aurai plus de chances de participer ou plutôt vers l’arrière où je suis certain qu’on ne me choisira pas? Sauf que personne ne va jamais vous choisir, ne montent sur scène que des volontaires auparavant sélectionnés avec soin par l’hypnotiseur. Le processus de sélection auquel toute la salle va participer comporte plusieurs tests qui vont donner des indices sur la suggestibilité des membres du public. Messmer est avant tout un professionnel, il étudie son sujet depuis des années, il connaît toutes les ficelles de son art, y compris les astuces qui permettent de reconnaître ceux qui veulent faire semblant pour saboter le spectacle. Il n’est pas rare de voir quelqu’un monter sur scène parmi plusieurs volontaires avant d’être renvoyé à sa place après quelques minutes, la sélection est continue et sans autre motivation que le flair de l’hypnotiseur.

l’excuse hypnotique

Deux facteurs importants sont à souligner ; le premier est que rien n’est jamais demandé au sujet qui ne soit contraire à sa volonté, ce fait est d’ailleurs souligné par Messmer lui même, le sujet reçoit une autorisation implicite et paradoxale, une suggestion que tout va bien se passer mais qu’il garde le contrôle, qu’il va lui même décider de ce qui est acceptable ou pas. Le second facteur est ce que j’appelle “l’excuse hypnotique”, l’argument que le sujet peut toujours opposer à son comportement irrationnel sur scène ; le “je ne me rappelle plus, j’étais sous hypnose…” Fondamentalement, la scène d’un spectacle d’hypnose est un endroit out tout est permis pour celui qui veut se l’autoriser.

On peut argumenter que nos sociétés civilisées sont des endroits ou de moins en moins de choses sont autorisées. Les interdits sont partout, si ce n’est par la loi, par la pression du regard d’autrui. Sur la scène du spectacle, tout est autorisé, mieux encore, les comportements les plus extravagants sont encouragés par l’hypnotiseur mais aussi par le public à qui on a suggéré que l’extraordinaire allait se passer. Cette pression sur le sujet est bien entendu un atout pour l’hypnotiseur. Imaginez-vous qu’on vous propose de monter sur scène aux côtés de votre chanteur préféré, vous pouvez refuser si vous ne vous en sentez pas le courage mais si vous le faites et qu’il vous demande de reprendre un refrain avec lui sur scène, vous essayeriez au moins de chanter juste. Le « prestige » est important pour un hypnotiseur, il fait partie de sa panoplie, la suggestion sera plus facilement acceptée si elle est délivrée par une célébrité. Rappelez-vous le 19e siècle, l’hypnose de Mesmer (l’ancien…) connaissait un succès considérable au milieu d’une époque de grande répression des émotions et des comportements. Aujourd’hui comme il y a 200 ans, dans un spectacle d’hypnose, tout est permis.

hypnose sans hypnose

Il m’arrive parfois d’utiliser des techniques d’hypnose de spectacle, quand je veux expliquer et démonter en direct et sans filet les mécanismes en jeu. Dernièrement j’ai eu l’occasion de demander des volontaires pour une expérience de “human steel bar” où l’on suggère au sujet que son corps devient une barre de métal extrêmement rigide avant de le déposer en suspension entre deux chaises. Plusieurs volontaires se succèdent, l’expérience est très simple, fermer les yeux et imaginer que les muscles sont très rigides, très tendus. Ensuite, avec l’aide de deux ou trois assistants (selon le poids…) la personne est déposée entre deux chaises, reposant à hauteur des épaules et des mollets. Devant l’apparente impossibilité de la chose, la surprise dans le public est toujours au rendez-vous. Quel pouvoir permet donc au corps humain de se soutenir ainsi dans le vide sans autre support que deux dossiers de chaise!? Tout simplement, et c’est ce que je m’échine à expliquer après la démonstration, le pouvoir de vos muscles! Hypnose ou pas hypnose, cet exercice est accessible à tout être humain normalement constitué avec un dos en bon état. Malgré cela, certains spectateurs ne veulent toujours pas y croire et préfèrent, malgré mes explications, continuer à adhérer à la pensée magique. Je n’y peux rien, c’est juste comme ça.

Sans explication, je pourrais me contenter de laisser croire à la magie, c’est ce que font la plupart des hypnotiseurs de spectacle, quand ils ne mélangent pas tout simplement hypnose, magie, mentalisme et tours de passe passe. Mesmer n’est pas de ceux là, il utilise la suggestion, la sélection de ses volontaires, l’acceptation des règles du jeu et la pression du public pour faire croire que l’hypnose est un phénomène magique. Je respecte entièrement cette approche, je comprends comment elle fonctionne et que c’est sans doute celle demandée par la majorité. Malgré cela, rien ne m’oblige à y souscrire.

Je conçois qu’il soit difficile pour une personne timide et introvertie d’imaginer que d’autres aient envie de se montrer en spectacle autant que pour un sceptique de comprendre que ce qui se passe sur une scène ne démontre que l’acceptation des règles du jeu par les volontaires, c’est pourtant sur ces idées que repose la “magie”.

l’hypnose dans tous ses états

Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre l’utilisation du mot “état”, je vois parfois de clients arriver dans un drôle d’état, ils expérimentent en hypnose un état de détente et de concentration très agréable, l’essentiel étant qu’ils puissent repartir en meilleur état qu’en arrivant. Ce mot est un fourre-tout très pratique mais vous l’avez compris, je suis personnellement favorable à l’idée d’une hypnose qui ne soit pas un « état » spécifique mais plutôt une façon simple et inattendue d’utiliser votre esprit à meilleur escient. Je ne crois pas à un quelconque pouvoir de l’hypnotiseur mais plutôt au pouvoir de votre imagination et à la manière dont elle va agir sur votre corps et votre esprit. L’hypnose, que son but soit thérapeutique ou de divertissement permet de s’affranchir des carcans de la pensée habituelle. L’hypnose vous reconnecte avec la possibilité, vous autorise à faire semblant. Le petit enfant que vous étiez peut enfin à nouveau imaginer qu’il est un héros et permettre à l’adulte de le redevenir.

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