Savez-vous que…

…Vous ne savez sans doute pas que vous savez sans le savoir…

Assis le soir autour de la table de la salle à manger, la télé éteinte et verrouillée (croyez-moi si vous voulez mais il y avait une clé sur la télévision…), mon grand-père nous racontait ses histoires de jeunesse.Très jeune, il avait rejoint l’école des cadets de marine, avait fait plusieurs fois le tour du monde à bord d’un trois mâts et était revenu en Europe pour devenir pilote pendant la première guerre mondiale. En ce temps, ces héroïques pionniers prenaient l’air dans des avions littéralement fabriqués de bouts de ficelles, de bois vaguement recouverts de toile ou au mieux de zinc, d’où leur surnom. Les parachutes étaient réservés aux passagers des ballons, rien pour les pilotes de Sopwith Camel et autres Spad.L’entraînement de ces pilotes n’avait sans doute rien à voir avec celui des as actuels, tiens, je te passe les commandes, essaye pour voir, regarde comment ça marche. Un jour, lors d’une de ses missions, suite à une fausse manœuvre, une rafale de vent ou une autre raison non élucidée, mon grand-père se retrouve en vrille avec son avion, il lutte pendant de longues secondes pour reprendre le contrôle de son appareil, tire sur le manche, pousse les palonniers de toutes ses forces mais rien à faire il est perdu, il le sait, il voit le sol monter vers lui à une vitesse vertigineuse, lutte encore puis, en un éclair, se rappelle les mots d’un de ses instructeurs , « quand plus rien ne marche, quand tout contrôle t’échappe, lâche tout ! » et alors que tous ses sens et son bon sens lui suggèrent le contraire, il suit ce conseil, il lâche les commandes. À quelques mètres du sol, son avion se redresse, reprend sa stabilité. Ces appareils, malgré leur fragilité étaient fondamentalement stables, sans commandes de la part du pilote, ils filaient droit d’eux-mêmes. Quelle inconscience lui aura-t’il fallu, quel courage, quel désespoir infini a-t-il du lui traverser l’esprit pour en arriver à agir de la sorte, à tout lâcher pour trouver un hypothétique salut, quel saut dans l’inconnu, au propre comme au figuré. Si je vous raconte ça aujourd’hui c’est pour illustrer le concept qui nous échappe si souvent, celui du lâcher prise.

De nos jours, il nous semble souvent de la plus haute importance de tout maîtriser, de garder le contrôle sur tout ce qui nous entoure de ne rien laisser au hasard. Les Anglo-Saxons, moins frileux que nous lorsqu’il s’agit de créer de nouveaux mots ont inventé le terme « control freak » pour décrire ceux qui en sont affectés, et au fond ne le sommes nous pas tous à des niveaux plus ou moins aigus. Pourtant, bien souvent, force est de constater que ce genre de comportement n’arrange rien à notre situation, que nous avons beau tenter de tout contrôler, cela n’empêche en rien les dérapages, que le fait de constamment vouloir diriger chaque pas de notre route nous sauve rarement de l’ornière. Combien de chefs d’entreprises, de dirigeants, de responsables de haut niveau ont-il perdu leur vision globale à force de s’obliger à rester le nez dans le guidon. Paradoxalement, à force de trop vouloir contrôler nous devenons rigides, nous perdons la souplesse qui nous permet de garder le contrôle avec élégance, nous devenons cassants quand les choses ne se déroulent pas exactement comme nous l’avons décidé, la pression monte tant sur nous que sur ceux qui nous entourent, jusqu’à la rupture, le monde refuse de se plier à nous mais nous avons perdu la capacité de négocier avec lui. C’est pour cela qu’il est vital de cultiver notre lâcher prise, de développer notre capacité de nous en remettre à notre subconscient, d’apprendre que souvent, nous pouvons nous en remettre à notre instinct pour prendre la bonne décision.

Le titre de cet article est une phrase que j’aime beaucoup utiliser avec mes patients, non seulement elle est extrêmement hypnotique, nous renvoie vers l’intérieur de notre être mais elle nous pousse aussi à un questionnement supplémentaire ; et si il était vrai que je savais sans le savoir… Apprenons à faire confiance à notre inconscient, ou plutôt, rendons nous compte que nous n’avons pas vraiment le choix, que nombre de nos actions de tous les jours lui sont d’ores et déjà confiées, conduire une voiture, respirer, marcher, autant de fonctions vitales auxquelles nous n’avons plus à réfléchir.

Ca fait réfléchir de savoir qu’on ne doit plus réfléchir…